Les nouvelles étoiles ou comment traquer les sans papiers

 

Le 14 Juin 2011, le collectif Sans Papiers Belgique était de retour dans les rues de Bruxelles. De la maison du néerlandais à la place de la Bourse, les manifestants ont scandé : « Le droit à l’enseignement pour tous, avec et sans papiers ! » Une nouvelle action organisée en réponse au projet de décret qui interdira aux personnes n’ayant pas de titre de séjour de suivre les formations de promotion sociale de la communauté flamande et notamment les cours de néerlandais.

Le matin, à 8h30, une délégation du SPBelgique soutenue par les portes paroles de deux organisations, a été reçue par Monsieur P. Smet, le ministre flamand de l’enseignement. La discussion a duré presque une heure, le temps nécessaire pour comprendre la vision de l’immigration du ministre socialiste flamand. Pour lui, le point de départ de cette disposition vient de son souhait d’harmoniser la politique régionale en matière d’immigration avec la politique fédérale centrée sur les expulsions et les retours « (non)volontaires ». Un consensus politique, d’après le ministre de l'(in)égalité de la (mal)chance, né de l’urgence de trouver une solution à la problématique des sans papiers. Il pense qu’interdire l’accès à l’éducation aux personnes sans papiers va les inciter à rentrer « chez eux », ceci afin d’éviter la fin de l’état social. Comme si c’était les sans papiers qui vidaient les caisses de l’état !

Le ministre flamand avance que la société « Belgo-flamande » est confrontée à un problème d’intégration des communautés étrangères et que la priorité doit être donnée aux personnes déjà en séjour régulier. Mais il oublie de rappeler que ce qui a créé ces difficultés de cohabitation, c’est la marginalisation des populations immigrées tout au long des vagues successives d’immigration. Exclure les personnes les plus précarisées « au sens juridique et social » d’un accès à un droit fondamental est une pure discrimination et c’est cette fois par le biais de l’éducation que l’on cautionne une politique de répression et de pénalisation. Le fait de penser qu’une nouvelle politique de la peur va convaincre les « sans papiers » de quitter la Belgique n’est qu’une illusion (de plus cette politique coûtera nettement plus cher que laisser l’accès aux formations). Les migrations font parti de la nature humaine et l’immigration clandestine n’est qu’un témoin du malaise de l’être humain, là ou il vit. Des milliers de gens, enfants, femmes enceintes, vieillards, jeunes de toutes les couleurs disparaissent au fond des mers ou dans le désert. Des dizaines de milliers se font enfermer dans des centres de la honte pour être déportés avec comme seul motif le fait d’avoir tenté de fuir une misère humaine, sociale ou économique. Ce n’est ni le décret 21 de l’enseignement, ni les vols Frontex(1) qui vont empêcher ces personnes de prendre tous ces risques à la recherche d’une vie meilleure !

Cela, les politiques le savent parfaitement. D’où la question que l’on doit de se poser : à qui profite la clandestinité ? Aux petits et grands patrons peu scrupuleux ? Aux marchands de sommeil ? Aux mafias ? Aux marchands d’esclaves modernes ? Bien sur que oui. Mais il n’ y a pas que ça. La clandestinité profite à toute la société, la société qui ferme les yeux sur cette réalité amère. Ce qui est dramatique, c’est qu’à cause de ce dénis, une nouvelle sous-société verra bientôt le jour, elle sera une zone noire à la marge de tout processus, où tout sera possible, accentuant la peur, la stigmatisation et le repli communautaire.

Alors monsieur P.Smet a proposé une autre solution : Rentrez chez vous et changez la situation là-bas ! Et nous de lui poser la question : « Mais qui tient les dictatures en place ? » Il n’a pas eu d’autre réponse que : « l’hypocrisie politique »…

Criminaliser une personne étrangère, séparer les enfants de leurs parents, demander aux écoles de les exclure et banaliser les déportations rappellent des périodes noires de notre histoire où les plus grandes barbaries trouvaient des justifications dans le discours politique. Certes les méthodes ont changées, l’homme pense avoir trouvé un équilibre : humaniser la répression et les injustices. Mais rappelons nous que cela n’enlève rien à la cruauté de cette politique.

S.A

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1. L’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne

 

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