Appel pour la Caravane des Sans-papiers et Migrants en vue de participer au FSM de Tunis Du 26 au 30 Mars 2013

 

 

La CSP75( Coordination des Sans-papiers 75) propose à la CISPM( Coalition internationale des Sans-papiers et Migrants) d’appeler tous les mouvements et collectifs de Sans-papiers et Migrants d’Europe, ainsi que les associations de migrants subsahariens arrivés ou installés au Maghreb, à réaliser ensemble leur participation active au FSM (Forum Social Mondial) de Tunis, qui se tiendra du 26 au 30 mars 2013. Pour cet évènement, une Caravane sera formée, qui partira de Berlin, à laquelle se joindront, au fur et à mesure de son passage, les diverses délégations, allemande, belge, française, suisse, italienne, espagnole, pour arriver à Tunis après la traversée de la Méditerranée en bateau.

 

Notre participation à cette édition tunisienne du FSM, après celle de Dakar en 2011, signe notre adhésion au thème fédérateur de cette rencontre, sûrement inspiré de la Charte mondiale des Migrants proclamée il y a deux ans à Dakar, la Dignité. En cela, si nous voulons rejoindre le FSM de Tunis par bateau, c’est parce que cette traversée des frontières maritimes sera pour nous tout un symbole. Elle sera le moyen de dénoncer à quels drames affreux ont conduit les politiques de collaboration des Etats européens et subméditerranéens dans leur chasse aux migrants : entre 1993 et 2012, de Gibraltar jusqu’aux rivages grecs, près de 12 000 morts par noyade. Faire le parcours inverse, de l’Europe vers la Tunisie sera le moment d’affirmer haut et fort ce qu’exige la reconnaissance de la dignité de chaque être humain, sans aucune distinction : le respect de sa liberté (ici de circulation) et de sa sécurité (là d’installation). Cette traversée sera une nouvelle étape pour manifester notre solidarité internationale à tou-te-s tous les migran-te-s, forcés à l’exil par la mondialisation au péril de leur vie, et de ce fait aussitôt poursuivis comme délinquants au mépris de leur humanité. La mer Méditerranée, littéralement le  « Milieu des terres », fut dans sa longue histoire un élément aussi bien de séparation que d’union. L’Europe, et malheureusement toute notre époque tendent à vouloir faire front à tout ce qui vient de l’extérieur ( la bien nommée agence Frontex, dont nous réclamerons sans cesse le démantèlement). Notre réponse obligée, l’émigration, devient un parti-pris et une conviction : nous migrants sommes les mieux placés pour témoigner, malgré tout, de la valeur de ce voyage vers les autres. Sous réserve de bénéficier du respect de cet impératif catégorique de la Dignité.

 

En entreprenant notre participation au FSM de Tunis, s’ouvre en effet une nouvelle étape d’une longue Marche des Sans-papiers et migrants pour leur émancipation, qui a commencé, pour l’Europe en 1996 à Paris, à St Bernard, lorsque les Sans-papiers ont décidé de prendre leurs affaires en main, sont sortis de la peur et de la clandestinité pour réclamer leurs droits fondamentaux. Longue marche au quotidien ponctuée ces dernières années par des moments forts. Mai 2010 : Paris-Nice à pied pour interpeller la Françafrique. Février 2011 : Caravane au FSM de Dakar, pour inscrire la problématique des Sans-papiers en bonne place dans la liste des injustices à combattre avec la plus farouche détermination. Juin 2012, Marche européenne des Sans-papiers et des Migrants, afin de se réapproprier concrètement en traversant 9 frontières la liberté de circulation et d’installation, pourtant proclamée comme un droit fondamental de l’homme dans la Déclaration universelle des droits de 1948, et porter cette revendication auprès du Parlement européen.

 

L’étape du FSM de Tunis s’annonce comme féconde pour le mouvement international des Sans-papiers et des Migrants. D’abord dans le choix de la Tunisie comme pays hôte, nation qui vient de montrer au monde entier, en 2011, comment un peuple uni contre l’arbitraire et l’injustice du pouvoir peut recouvrer sa liberté et travailler ensuite à son émancipation. Nul doute que l’hospitalité accordée au FSM par ce pays, en ce moment opportun de son invention démocratique, donnera force et audace aux réflexions, débats et décisions de ce Forum mondial.

Ensuite, les thématiques retenues par le Forum font pratiquement toutes écho de manière précise aux préoccupations des Sans-papiers et Migrants. De toute évidence, parmi les 11 axes de recherche proposés (1), nous nous devons d’être très présents dans le travail portant sur l’axe 5 de ces thématiques : « Pour la liberté de circulation et d’établissement de toutes et de tous, plus particulièrement des migrants et chercheurs d’asile, des personnes victimes du trafic humain, des réfugiés, des peuples indigènes, originaires, autochtones, traditionnels et natifs, des minorités, de peuples sous occupation, des peuples en situation de guerre et conflits et pour le respect de leurs droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux. » Maintenant, les dix autres axes, plus généralistes sont tout aussi passionnants, et devraient retenir toute notre attention. Cependant, nous pouvons penser que notre apport sera précieux en expérience sur ce qui est pointé par le FALDI (Forum des Associations des Luttes Démocratiques de l’Immigration) qui prépare le rendez-vous de Tunis dans l’objectif de montrer que « la question de l’immigration est un enjeu planétaire qui bouscule les notions de frontières, de souveraineté et de citoyenneté…et doit être une des thématiques centrales du FSM-Tunis 2013 », même si le Faldi semble vouloir s’intéresser en priorité aux conséquences de cette mondialisation de l’émigration sur les pays du Maghreb. Il n’empêche que les ateliers proposés par le Faldi visent des questions qui nous sont familières qui touchent à notre quotidien : racket des Sans-papiers, femmes migrantes, vieux migrants, migrations et développement, racisme et discriminations ici et là-bas, interculturalité… Nous nous efforcerons d’y apporter l’expérience et l’expertise de la voix des Sans-papiers.

 

Surtout, nous nous devons de rappeler, au cours de ces rencontres et de ces ateliers, l’intégralité et la radicalité de nos analyses et de nos revendications qui, selon nous, ont vocation à être présentées et discutées de manière plénière, car même si elles sont issues d’une lutte qui se déroule en France et en Europe, ses conditions et ses objectifs peuvent prétendre à une certaine universalité pour l’amélioration de la condition générale des Sans-papiers et des Migrants dans le monde. Il ne s’agit pas seulement de décider de quelques mesures ici ou là, mais de changer radicalement de vision du monde. Nous rappellerons d’abord que le changement de régime politique, tel qu’il a eu lieu, ici ou là, en France selon la loi par le vote, en Tunisie dramatiquement et de haute lutte, ne modifie rien fondamentalement à la nécessité de poursuivre le combat pour l’égalité et la justice. Si les Tunisiens auront à cœur de dire ce qu’ils attendent de leur démocratie naissante, à nous, toute proportion gardée, d’exprimer ce que nous sommes en droit d’exiger de l’arrivée d’un gouvernement de gauche en France. Bien conscients de la permanence du combat, prêts à le mener, et les forums sociaux en sont des moments précieux d’évaluation des rapports de force, nous dirons ensuite, en ce qui concerne la situation française, européenne, et autant que possible mondiale, l’urgence et le bien fondé des revendications. Si nous nous en tenons aux grandes lignes, nous viserons en priorité :

. la légitimité du droit à la libre circulation et à la libre installation

. l’inhumanité des lieux d’enfermement pour les Sans-papiers et les demandeurs d’asile, la nécessité de leur fermeture

. l’arrêt des expulsions du pays d’accueil et des zones extraterritoriales destinées à l’externalisation des expulsions hors de ‘Europe

. la régularisation de tous les Sans-papiers dans un dispositif pérenne ( la carte de 10 ans pour la réalisation d’une intégration réussie) et la réduction des taxes afférentes

. la promulgation du droit de vote et de l’égibilité à toutes les élections pour les migrants régularisés de manière pérenne

. le respect inconditionnel du droit d’asile

. l’affirmation de l’égalité entre nationaux et régularisés (accès au travail, à la santé, à l’éducation, à la culture. En particulier accès à tous les métiers selon les compétences, lutte contre la dé(dis)qualification professionnelle des migrants).

Ces 7 points représentent nos fondamentaux et nos raisons de lutter. Le FSM de Tunis sera l’opportunité d’en affûter les arguments dans les débats auxquels nous en manquerons pas de participer, comme nous l’avons fait en février 2011 à Dakar.

Enfin, nous nous souvenons que lorsque, en juin de cette année, au terme de la Marche européenne des Sans papiers et Migrants, nous fûmes reçus à Strasbourg par les parlementaires européens, ils évoquèrent le projet européen d’une refonte démocratique des conditions de l’émigration entre les deux rives, dont la Tunisie, du fait de sa récente révolution, serait le premier laboratoire, et dont les résultats, s’ils sont satisfaisants, pourraient être étendus à une nouvelle politique de voisinage et à une relance de l’Union méditerranéenne. Nous aurons ain si à cœur, par le relais du FSM, de demander au Parlement européen des nouvelles des avancées de ce projet qui, à terme, pourrait concerner aussi bien toute la zone subsaharienne.

 

En pratique, notre Caravane pourrait se composer d’une cinquantaine de personnes, en souhaitant qu’en plus des représentants des collectifs déjà membres de la CISPM, nous rejoignent des délégués de nouveaux adhérents, en particulier venus d’Espagne et de Grèce, deux pays concernés par l’externalisation du (mauvais) traitement des migrants en tant qu’ils sont au bout de l’Europe.

De plus, nous tenons à la présence dans la Caravane de Sans-papiers pour qui obtenir un visa pour se rendre au FSM de Tunis et en revenir sera un défi pour notre mouvement, voulant démontrer par là, comme nous l’avons fait lors de la Marche européenne, que les frontières ne sont « pas  des murs mais des ponts ». Enfin nous voulons aussi contribuer à l’extension du FSM (2) en appelant les associations, les syndicats, les travailleurs, les retraités, les étudiants, les mouvements sociaux, les partis, les indignés, tous les citoyens à rejoindre et soutenir par tous les moyens possible les préoccupations et interrogations du FSM durant la période de sa tenue, du 26 au 30 mars 2013.

 

A Tunis, notre projet est de proposer la tenue d’une séance plénière sur le thème de « laliberté de circulation et d’installation pour tous » et de réaliser sur le même thème la première Marche mondiale, le 29 mars 2013, au sein d’un site tunisien qui reste à accorder avec les organisateurs du FSM.

 

Tous ensemble à Tunis, d’une manière ou d’une autre !

 

Le coordinateur de la CSP 75,

 

Anzoumane SISSOKO

 

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